1 - M. Pierre Mendès France, Président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, le 12 novembre 1954 devant l'Assemblée nationale.
2 - "M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Intérieur. M. François Mitterrand, ministre de l'Intérieur." ( 12 novembre 1954, même séance)
3 - M. Michel Debré, Premier ministre du Général De Gaulle présente le programme du Gouvernement à l'Assemblée nationale le 15 janvier 1959
4 - Message du général de Gaulle au Parlement, Assemblée nationale et Sénat, 20 mars 1962
1954
01.11. Le C.R.U.A. (Comité révolutionnaire de l'unité
algérienne) déclenche la révolution armée.
05.11. Le gouvernement français
envoie des renforts en Algérie.
1955
30.09. L'Assemblée
générale de l'ONU vote l'inscription à l'ordre du jour de l'affaire
algérienne.
12.12. Les élections en Algérie sont
reportées.
1956
Août : Les chefs F.L.N. (Front de libération
nationale) de l'intérieur se réunissent pour la première fois; c'est le congrès
de la Soummam d'où sortira la plate-forme du F.L.N.
29.10. Israël,
l'Angleterre et la France déclenchent une opération militaire contre
l'Egypte.
15.11. L'ONU inscrit la question algérienne à son ordre du
jour.
05.12. Le gouvernement français dissout les conseils généraux et les
municipalités en Algérie.
1957
07.01. Le général Massu est
chargé du maintien de l'ordre à Alger.
20.09. L'ONU inscrit la question
algérienne à son ordre du jour.
29.11. L'Assemblée nationale vote la
loi-cadre et la loi électorale de l'Algérie.
1958
26.04. 30 000
Algérois demandent un Gouvernement de salut public après la chute du
gouvernement Gaillard.
13.05. Un Comité de salut public est créé à Alger sous
la présidence du général Massu; on fait appel à de Gaulle.
15.05. De Gaulle
se déclare prêt à assumer les pouvoirs de la République.
01.06. L'Assemblée
nationale investit de Gaulle par 339 voix contre 224.
28.09. La nouvelle
Constitution est approuvée par référendum (79 % de oui en métropole, 95 % en
Algérie).
23.10. De Gaulle propose au F.L.N. la paix des braves.
21.12. De
Gaulle est élu président de la République.
1959
30.01. De
Gaulle renouvelle l'offre de paix en Algérie.
16.09. De Gaulle proclame le
droit des Algériens à l'autodétermination.
1960
24.01. Début de
la semaine des barricades à Alger.
25.06. Pourparlers préliminaires de
Melun.
1961
08.01. La politique algérienne du général est
approuvée par référendum (75 % de oui).
25.04. Putsch des généraux à Alger;
de Gaulle assume les pleins pouvoirs aux termes de l'article 16 de la
Constitution.
20.05. Ouverture des pourparlers d'Evian.
14.07.
Recrudescence des attentats de l'O.A.S. (Organisation Armée
Secrète).
1962
18.02. Pourparlers des Rousses.
07.03.
Négociations d'Evian.
19.03. Cessez-le-feu en Algérie.
08.04. Référendum à
propos de l'Algérie (90,7 % des voix approuvent les accords d'Evian).
01.07.
Référendum d'autodétermination en Algérie ; l'indépendance est approuvée par
99,72 des voix.
03.07. Le G.P.R.A. (Gouvernement provisoire de la République
d'Algérie) s'installe à Alger.
Sous la IVe République
1 - M. Pierre Mendès France, Président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, le 12 novembre 1954 devant l'Assemblée nationale.
"Il y a quelques semaines à peine, je m'étais fait votre interprète, l'interprète de l'émotion ressentie par tous les Français devant la catastrophe qui, dans la région d'Orléansville, venait d'endeuiller l'Algérie (1). J'avais alors affirmé la solidarité de la nation entière avec les populations éprouvées. L'Algérie, hélas ! vient d'être frappée à nouveau, et cette fois la violence provient de la volonté criminelle de quelques hommes, mais elle n'est pas moins cruelle, inutile et aveugle. A nouveau la nation doit s'affirmer unie et solidaire devant le malheur, devant les forces de destruction.
Vous pouvez être certains, en tout cas, qu'il n'y aura, de la part du Gouvernement, ni hésitation, ni atermoiement, ni demi-mesure dans les dispositions qu'il prendra pour assurer la sécurité et le respect de la loi. Il n'y aura aucun ménagement contre la sédition, aucun compromis avec elle, chacun ici et là-bas doit le savoir.
On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la nation, l'unité, l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et d'une manière irrévocable. Leurs populations qui jouissent de la citoyenneté française et sont représentées au Parlement, ont d'ailleurs donné, dans la paix comme autrefois dans la guerre, sans distinction d'origine ou de religion, assez de preuves de leur attachement à la France pour que la France à son tour ne laisse pas mettre en cause cette unité. Entre elles et la métropole il n'y a pas de sécession concevable.
Cela doit être clair une fois pour toutes et pour toujours aussi bien en Algérie et dans la métropole qu'à l'étranger. (Applaudissements à gauche, au centre, à droite et à l'extrême droite.)
Jamais la France, aucun Gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu'en soient d'ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce principe fondamental."
(1) II s'agit d'un tremblement de terre.
2 - "M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Intérieur. M. François Mitterrand, ministre de l'Intérieur." ( 12 novembre 1954, même séance)
"Mesdames, messieurs, je pense que l'Assemblée nationale, à la fin de ce débat, voudrait connaître le plus exactement possible le déroulement des faits dont nous parlons. C'est ainsi que, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, des attaques à main armée, des attentats à la bombe, des sabotages de lignes et de voies de communication, des incendies enfin ont eu lieu sur l'ensemble du territoire algérien, de Constantine à Alger et d'Alger à Oran.
Dans le département de Constantine, vous le savez, se produisirent les événements les plus graves. Là, cinq personnes furent tuées : un officier, deux soldats qui remplissaient leur devoir, un caïd et un instituteur, dans les conditions qui furent rappelées à cette tribune et dont personne ne dira suffisamment le caractère symbolique. De jeunes instituteurs sont venus accomplir - et c'était le premier jour - la tâche qu'ils avaient choisie. Et voilà qu'ils sont frappés. Sauront-ils pourquoi ? Sans doute non, les choses sont vite faites. Assassinés, ils ont quand même le temps d'apercevoir le frère musulman qui tente de les défendre et qui meurt le premier.
Je prétends qu'actuellement certains doivent cruellement méditer sur le déclenchement hâtif de l'émeute, qui les a précipités dans une aventure qui les conduira à leur perte. Voilà donc qu'un peu partout, d'un seul coup, se répand le bruit que l'Algérie est à feu et à sang.
De même que le Maroc et la Tunisie ont connu ce phénomène du terrorisme individuel dans les villes et dans les campagnes, faut-il que l'Algérie ferme la boucle de cette ceinture du monde en révolte depuis quinze ans contre les nations qui prétendaient les tenir en tutelle ?
Eh bien ! non, cela ne sera pas, parce qu'il se trouve que l'Algérie, c'est la France, parce qu'il se trouve que les départements de l'Algérie sont des départements de la République française. Des Flandres jusqu'au Congo, s'il y a quelque différence dans l'application de nos lois, partout la loi s'impose et cette loi est la loi française ; c'est celle que vous votez parce qu'il n'y a qu'un seul Parlement et qu'une seule nation dans les territoires d'outre-mer comme dans les départements d'Algérie comme dans la métropole.
Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l'impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés.
Personne ici n'a le droit de dire que le Gouvernement de la République a pu hésiter un seul instant sur son devoir car l'action qu'il a menée correspond à l'essentiel même de sa politique.
M. le Président du Conseil l'a déclaré cet après-midi : comment pourrait-on expliquer, autrement qu'avec beaucoup de vilenie, le règlement des affaires françaises que nous avons été contraints de conclure en Asie si l'on n'admettait pas que nous avons agi alors conformément aux principes que nous avons les uns et les autres définis, écrits et proclamés, afin de préserver le domaine français, ce domaine qui s'étend fondamentalement - je viens de le dire - des Flandres au Congo ?
C'est là notre vérité, l'axe de notre politique. C'est pourquoi il n'est certes pas contradictoire qu'on traite, lorsque cela paraît nécessaire, à Genève, et qu'on se batte parce que cela est également nécessaire dans l'Aurès ou en tout lieu où on tentera d'abattre, de détruire, de s'attaquer à l'unité de la patrie.
Les mesures que nous avons prises ont été immédiates. On me permettra, je suppose, de ne pas les énumérer. Mais, je ne vois vraiment aucun inconvénient à indiquer à l'Assemblée nationale, comme je l'ai fait à la commission de l'intérieur, qu'en l'espace de trois jours, seize compagnies républicaines de sécurité ont été transportées en Algérie, ce qui a porté à vingt le nombre total de ces compagnies sur le territoire algérien.
En trois jours tout a été mis en place. On a dit : Est-ce pour maintenir l'ordre? Non pas seulement. Mais pour affirmer la force française et marquer notre volonté. Il ne s'agissait pas seulement de réprimer, de passer à la contre-offensive de caractère militaire afin de reconquérir un territoire qui n'était point perdu ! Il s'agissait d'affirmer, à l'intention des populations qui pouvaient s'inquiéter, qu'à tout moment, à chaque instant, elles seraient défendues."
Sous la Ve République
3 - M. Michel Debré, Premier ministre du Général De Gaulle présente le programme du Gouvernement à l'Assemblée nationale le 15 janvier 1959
"Dans nos préoccupations nationales, l'Algérie a la priorité absolue.
Des hommes et des femmes y vivent, dont les pères ont fait l'Algérie, et qui continuent à la faire chaque jour. La France y a groupé autour de son drapeau, et par ses hautes conceptions politiques, des Européens et des Africains, les uns et les autres citoyens comme nous-mêmes. Nos concitoyens musulmans sont, comme les descendants de ceux qui ont traversé la Méditerranée, des hommes et des femmes dans le regard desquels nous voyons l'image d'une commune espérance.
Il est des esprits qui pèsent avant toute chose le doit et l'avoir, les profits et les charges : disons hautement, à l'honneur de notre peuple, et spécialement à l'honneur des officiers et des soldats, que nous mettons avant toute chose cet élan des sentiments qui unit des millions d'Algériens, de la ville et du bled, dans l'affection spontanée qui crée, au-dessus et par-delà les différences d'origine, de race et de religion, la communauté d'espérance.
Faut-il convaincre les calculateurs ? Montrons-leur le Sahara, ce désert où le coq gaulois s'est longtemps en vain réchauffé les ergots. Que de puissances désormais y viendraient volontiers gratter le sable brûlant ! Acceptons de les associer à une oeuvre immense qui peut ouvrir une ère nouvelle à l'Algérie et à l'Afrique, à la France et à l'Europe.
A ceux que ne contente pas la vision des grandes possibilités économiques et humaines auxquelles nous accédons grâce à l'Algérie, recommandons de réfléchir au problème de notre sécurité. La France est à Alger par une nécessité fondamentale que nos ancêtres ont connue et que nous ne pouvons méconnaître sans trahir. C'est par notre présence indiscutée, notre autorité incontestée, que nous garantissons la sécurité de la Méditerranée occidentale, et, par là, notre sécurité.
Devant les troubles du Moyen-Orient et leurs très fâcheuses conséquences, nous pouvons mesurer la valeur de la tranquillité maintenue dans cette partie plus proche d'une mer dont ce serait une grave faute que d'oublier la capitale importance stratégique. Quelle tragédie ce serait pour nous, pour l'Europe, pour l'Occident, si, tout entière, la Méditerranée redevenait une frontière entre deux mondes hostiles. L'Occident a suffisamment perdu au cours des dernières années ; que les moins imaginatifs veuillent bien, désormais, imaginer où mèneraient de nouveaux abandons. (Applaudissements.)
Osons dire, enfin, au-delà de nos sentiments profonds, au-delà des intérêts économiques et des exigences militaires, que notre siècle remet en lumière la véritable hiérarchie des valeurs politiques. Les États, leurs aspirations, leurs ambitions, leurs méthodes, ne peuvent être appréciés du seul point de vue des résultats. Les succès acquis parle mensonge, le mépris des dignités de l'homme ou de la femme, sont sans doute efficaces : ils mènent de tragédie en tragédie. La légitimité française en Algérie, dépassant le fait que l'Algérie est une création commune à divers éléments mais qui ont été soudés et fondus par l'action de la France, dépassant cet autre fait que, demain, il ne peut y avoir d'enrichissement et d'amélioration sociale que par l'effort de la France, la légitimité française, dis-je, est fondamentalement établie au regard des valeurs éternelles parce qu'elle est la seule qui soit inspirée par la volonté de fraternité humaine."
4 - Message du général de Gaulle au Parlement, Assemblée nationale et Sénat, 20 mars 1962
"Mesdames, Messieurs les députés,
La politique poursuivie par la République depuis tantôt quatre années au sujet de l'Algérie a été, à mesure de son développement, approuvée par le Parlement, soit explicitement, soit du fait de la confiance qu'il n'a cessé d'accorder au gouvernement responsable. Le référendum du 8 janvier 1961 a démontré, quant à la direction ainsi tracée, l'accord massif et solennel du pays.
Mais, voici que la proclamation du cessez-le-feu, les mesures fixées pour l'autodétermination des populations, les conditions adoptées quant à la coopération de l'Algérie et de la France - y compris les garanties assurées à la population de souche française - dans le cas où l'autodétermination instituerait un État algérien indépendant, marquent une étape décisive de cette politique. L'ensemble des dispositions arrêtées en conclusion des négociations d'Evian avec les représentants du FLN (1) et des consultations menées auprès d'autres éléments représentatifs algériens se trouve maintenant formulé dans les déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 (2).
Nul ne peut se méprendre sur la vaste portée de cet aboutissement en ce qui concerne, tant la vie nationale de la France, que son oeuvre africaine et son action internationale. Nul ne peut, non plus, méconnaître les difficultés d'application qui en résultent aujourd'hui et risquent d'en résulter demain, non seulement quant à la situation d'un grand nombre de personnes et de beaucoup de choses, mais aussi dans le domaine de l'ordre public et de la sûreté de l'État. Il m'apparaît donc comme nécessaire que la nation elle-même sanctionne une aussi vaste et profonde transformation et confère au chef de l'État et au Gouvernement les moyens de résoudre, dans les moindres délais des problèmes qui seront posés à mesure de l'application.
C'est pourquoi, en vertu de l'article 11 de la Constitution j'ai décidé, sur la proposition du Gouvernement, de soumettre au référendum (3) un projet de loi comportant l'approbation des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 ; autorisant le Président de la République à conclure les actes qui seront à établir au sujet de la coopération de la France et de l'Algérie si l'autodétermination institue un État algérien indépendant et enfin et jusqu'à ce que soient, dans cette éventualité, créés en Algérie des pouvoirs publics algériens, attribuant au Président de la République le pouvoir d'arrêter, par ordonnances ou par décrets pris en conseil des ministres, toutes mesures relatives à l'application de ces mêmes déclarations.
Au moment où semblent s'achever enfin les combats qui se déroulent depuis plus de sept ans et où s'ouvre à la France nouvelle et à l'Algérie nouvelle, la perspective d'une féconde et généreuse coopération, je suis sûr, mesdames, messieurs les députés, que vous voudrez vous joindre à moi pour élever le témoignage de notre confiance et de notre espérance vers la patrie et vers la République. "
(1) Front de libération nationale.
(2) Déclaration rendant compte des accords d'Evian (18 mars 1962) qui reconnaissent l'indépendance de l'Algérie.
(3) Le 8 avril 1962 les accords d'Evian seront approuvés par référendum : les Français répondent oui (90,7 % des suffrages exprimés).
Les 4 discours sont tirés de : "Les grands débats parlementaires de
1875 à nos jours", rassemblés et commentés par Michel Mopin - Notes et
études documentaires - La Documentation française - Paris,
1988
"Documents repris de
http://www.clionautes.org/clio01/TropesCafe/DebatsParlementairesAlgerie.rtf
sur
le site des Clionautes sur proposition de Sylviane Tabarly
(stabarly@wanadoo.fr)"
Dès son arrivée au pouvoir, de Gaulle se rend en Algérie et prononce
un discours qui rassure les partisans de l'Algérie française.
"Je
vous ai compris !
Je sais ce qui s'est passé ici. Je vois ce que vous
avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est
celle de la rénovation et de la fraternité.
Je dis la rénovation à tous
égards. Mais très justement vous avez voulu que celle-ci commence par le
commencement, c'est-à-dire par nos institutions, et c'est pourquoi me voilà. Et
je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d'hommes qui,
d'un bout à l'autre, quelles que soient leurs communautés, communient dans la
même ardeur et se tiennent par la main.
Eh bien ! de tout cela je prends
acte au nom de la France et je déclare qu'à partir d'aujourd'hui la France
considère que, dans toute l'Algérie, il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants
: il n'y a que des Français à part entière -- des Français à part entière avec
les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Cela signifie qu'il faut ouvrir
des voies qui, jusqu'à présent, étaient fermées devant beaucoup.
Cela
signifie qu'il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les avaient
pas.
Cela signifie qu'il faut reconnaître la dignité de ceux à qui on la
contestait.
Cela veut dire qu'il faut assurer une patrie à ceux qui
pouvaient douter d'en avoir une.
L'armée, l'armée française, cohérente,
ardente, disciplinée, sous les ordres de ses chefs, l'armée éprouvée en tant de
circonstances et qui n'en a pas moins accompli ici une oeuvre magnifique de
compréhension et de pacification, l'armée française a été sur cette terre le
ferment, le témoin, et elle est le garant, du mouvement qui s'y est
développé.
Elle a su endiguer le torrent pour en capter l'énergie. Je lui
rends hommage. Je lui exprime ma confiance. Je compte sur elle pour aujourd'hui
et pour demain.
Français à part entière, dans un seul et même collège !
Nous allons le montrer, pas plus tard que dans trois mois, dans l'occasion
solennelle où tous les Français, y compris les 10 millions de Français
d'Algérie, auront à décider de leur propre destin.
Pour ces 10 millions
de Français, leurs suffrages compteront autant que les suffrages de tous les
autres.
Ils auront à désigner, à élire, je le répète, en un seul collège,
leurs représentants pour les pouvoirs publics, comme le feront tous les autres
Français.
Avec ces représentants élus, nous verrons comment faire le
reste.
Ah ! puisent-ils participer en masse à cette immense
démonstration, tous ceux de vos villes, de vos douars, de vos plaines, de vos
djebels ! Puissent-ils même y participer ceux qui, par désespoir, ont cru devoir
mener sur ce sol un combat dont je reconnais, moi, qu'il est courageux -- car le
courage ne manque pas sur cette terre d'Algérie --, qu'il est courageux mais
qu'il n'en est pas moins cruel et fratricide !
Oui, moi, de Gaulle, à
ceux-là, j'ouvre les portes de la réconciliation.
Jamais plus qu'ici et
jamais plus que ce soir, je n'ai compris combien c'est beau, combien c'est
grand, combien c'est généreux la France !
Vive la République ! Vive la
France ! "
(Discours et messages, t. III, Avec le renouveau, mai
1958-juillet 1962 , pp. 15-17)
Cité dans Les collections de
L'Histoire No 1, 1998 (Hors série No 1 de L'Histoire )
p.36.
Le lendemain du coup de force du 22 avril, à Alger, par lequel les
généraux Salan, Jouhaud, Zeller et Challe tentent de mettre fin à la poilitique
d'autodétermination, le général de Gaulle décide d'assumer des pouvoirs
exceptionnels et en informe la nation.
"Un pouvoir insurrectionnel
s'est établi en Algérie par un pronunciamento militaire.
Les coupables de
l'usurpation ont exploité la passion des cadres de certaines unités
spécialisées, l'adhésion enflammée d'une partie de la population de souche
européenne qu'égarent les craintes et les mythes, l'impuissance des responsables
submergés par la conjuration militaire.
Ce pouvoir a une apparence : un
quarteron de généraux en retraite (1) . Il a une réalité : un groupe
d'officiers, partisans, ambitieux et fanatiques (2) . Ce groupe et ce
quarteron possèdent un savoir-faire expéditif et limité. Mais ils ne voient et
ne comprennent la nation et le monde que déformés à travers leur frénésie. Leur
entreprise conduit tout droit à un désastre national.
Car l'immense
effort de redressement de la France, entamé depuis le fond de l'abîme, le 18
juin 1940, mené ensuite jusqu'à ce qu'en dépit de tout la victoire fût
remportée, l'indépendance assurée, la République restaurée ; repris depuis trois
ans, afin de refaire l'Etat, de maintenir l'unité nationale, de reconstituer
notre puissance, de rétablir notre rang au-dehors, de poursuivre notre oeuvre
outre-mer à travers une nécessaire décolonisation, tout cela risque d'être rendu
vain, à la veille même de la réussite, par l'aventure odieuse et stupide des
insurgés en Algérie. Voici l'Etat bafoué, la nation défiée, notre puissance
ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle en
Afrique compromis. Et par qui ? Hélas ! hélas ! par des hommes dont c'était le
devoir, l'honneur, la raison d'être, de servir et d'obéir.
Au nom de la
France, j'ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés
pour barrer partout la route à ces hommes-là, en attendant de les réduire.
J'interdis à tout Français et, d'abord, à tout soldat d'exécuter aucun de leurs
ordres. L'argument suivant lequel il pourrait être localement nécessaire
d'accepter leur commandement sous prétexte d'obligations opérationnelles ou
administratives ne saurait tromper personne. Les seuls chefs, civils et
militaires, qui aient le droit d'assumer les responsabilités sont ceux qui ont
été régulièrement nommés pour cela et que, précisément, les insurgés empêchent
de le faire. L'avenir des usurpateurs ne doit être que celui que leur destine la
rigueur des lois.
Devant le malheur qui plane sur la patrie et la menace
qui pèse sur la République, ayant pris l'avis officiel du Conseil
constitutionnel, du Premier ministre, du Président du Sénat, du Président de
l'Assemblée nationale, j'ai décidé de mettre en oeuvre l'article 16 de notre
Constitution. A partir d'aujourd'hui, je prendrai, au besoin directement, les
mesures qui me paraîtront exigées par les circonstances. Par là même, je
m'affirme, pour aujourd'hui et pour demain, en la légitimité française et
républicaine que la nation m'a conférée, que je maintiendrai, quoi qu'il arrive,
jusqu'au terme de mon mandat ou jusqu'à ce que me manquent, soit les forces,
soit la vie, et dont je prendrai les moyens d'assurer qu'elle demeure après
moi.
Françaises, Français ! Voyez où risque d'aller la France, par
rapport à ce qu'elle était en train de redevenir.
Françaises, Français !
Aidez-moi ! "
1) Quatre généraux (Challe, Salan, Zeller, Jouhaud)
prétendent constituer le Haut commandement d'Alger
2) Les colonels Argoud,
Godart et Lacheroy
(Discours et messages, t. III, Avec le
renouveau, mai 1958-juillet 1962 , pp. 306-308)
Cité dans Les
collections de L'Histoire No 1, 1998 (Hors série No 1 de L'Histoire )
p.38.
"Au printemps 60 il n'y a plus de katibas (1) , le diagramme de la
formation d'une armée révolutionnaire a été coupé. Après être passée par un
maximum, la courbe des armes et des effectifs groupés diminue très vite. Sauf
dans les Aurès, il n'y a plus partout que des embryons de sections, occupés
surtout à échapper à nos troupes.
Le quadrillage, trop statique
auparavant, a pu se démultiplier et ses éléments dynamiques peuvent faire la
course au rebelle avec des unités de plus en plus petites.
Le rebelle
n'est plus le roi du djebel; il est traqué. Alors par tout petits groupes, il se
réfugie de plus en plus dans le terrorisme. La phase militaire de la rébellion
est terminée à l'intérieur de l'Algérie par la défaite du
fellagha.
Cependant en Tunisie et au Maroc, les effectifs rebelles se
sont groupés et organisés. Mais leurs tentatives sur les barrages se soldent par
des échecs.
(...) le G.P.R.A. (2) ne se fait plus aucune illusion
sur ses possibilités de victoire militaire et compte maintenant sur son action
diplomatique dans le monde, action bien plus vigoureuse que celle de la
diplomatie française, désuète et inefficace.
Au fur et à mesure que nos
troupes remportent des succès sur la rébellion interne, jusqu'à la faire
disparaître presque complètement, notre situation psychologique internationale
se dégrade et le gouvernement français multiplie des concessions qui ne
satisfont personne. La politique impérialiste des Soviets est évidente. Mais la
politique américaine n'en est pas moins agressive à notre égard. Nous assistons
à un phénomène ahurissant d'autodestruction de l'Occident par
lui-même.
(...) On l'a vu depuis plusieurs années. C'est en partie
l'Occident qui a obligé les Hollandais à abandonner les Indes néerlandaises à la
dictature, les Belges à se retirer précipitamment du Congo en y laissant le
chaos; c'est lui qui se réjouit des difficultés du Portugal en Angola, des
Sud-Africains sur leur territoire ou des Français en Algérie et au
Sahara.
(...) On allait assister à cette chose inouïe : un gouvernement
dont l'armée était victorieuse allait faire cadeau de cette victoire à son
adversaire. Cela ne s'était pas produit en France depuis la rétrocession
gratuite par Louis IX à l'Angleterre de l'Aunis, du Poitou et de la Saintonge.
(...)
Le cadeau fait à un G.P.R.A. qui ne représente qu'une fiction, qui
est organisé suivant une structure totalitaire, qui est anti-occidental et
antichrétien, dépasse les limites de l'entendement (...)."
1)
Equivalent d'une compagnie.
2) Gouvernement provisoire de la République
d'Algérie
Général Maurice Challe, Notre révolte , pp.
41-43, 48
Le général de Gaulle qui a mis à profit les événements d'Alger pour
revenir au pouvoir en France reprend en main l'armée, puis prépare lentement
l'opinion à des négociations avec le F.L.N. Celles-ci s'engagent en 1960 et,
malgré la résistance désespérée des partisans de l' " Algérie française "
regroupés dans l'Organisation de l'Armée Secrète (O.A.S.), elles aboutissent en
mars 1962 aux accords d'Évian :
"1 - L'Etat algérien exercera sa
souveraineté pleine et entière à l'intérieur et à l'extérieur.
Cette
souveraineté s'exercera dans tous les domaines, notamment la défense nationale
et les affaires étrangères. L'État algérien se donnera librement ses propres
institutions et choisira le régime politique et social qu'il jugera le plus
conforme à ses intérêts. Sur le plan international, il définira et appliquera en
toute souveraineté la politique de son choix (...)
L'État algérien
souscrira sans réserve à la Déclaration universelle des droits de l'homme et
fondera ses institutions sur les principes démocratiques et sur l'égalité des
droits politiques entre tous les citoyens sans discrimination de race, d'origine
ou de religion. Il appliquera, notamment, les garanties reconnues aux citoyens
de statut civil français.
2 - Des droits et libertés des personnes et de
leurs garanties.
Dispositions communes : nul ne pourra faire l'objet de
mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d'une
discrimination quelconque en raison d'opinions émises à l'occasion des
événements survenus en Algérie avant le jour du scrutin d'autodétermination ;
d'actes commis à l'occasion des mêmes événements avant le jour de la
proclamation du cessez-le-feu. Aucun Algérien ne pourra être contraint de
quitter le territoire algérien, ni empêché d'en sortir.
Dispositions
concernant les citoyens français de statut civil de droit commun : dans le cadre
de la législation algérienne sur la nationalité, la situation légale des
citoyens français de statut civil de droit commun est réglée selon les principes
suivants. Pour une période de trois années à dater du jour de
l'autodétermination, les citoyens français de statut civil de droit commun : nés
en Algérie et justifiant de dix années de résidence habituelle et régulière sur
le territoire algérien au jour de l'autodétermination : ou justifiant de dix
années de résidence habituelle et régulière sur le territoire algérien au jour
de l'autodétermination et dont le père ou la mère né en Algérie remplit, ou
aurait pu remplir, les conditions pour exercer les droits civiques; ou
justifiant de vingt années de résidence habituelle et régulière sur le
territoire algérien au jour de l'autodétermination, bénéficieront, de plein
droit, des droits civiques algériens et seront considérés, de ce fait, comme des
nationaux français exerçant les droits civiques algériens (...)
Au terme
du délai de trois années susvisé, ils acquièrent la nationalité algérienne par
une demande d'inscription ou de confirmation de leur inscription sur les listes
électorales ; à défaut de cette demande, ils sont admis au bénéfice de la
convention d'établissement (...)
3 - De la coopération entre la France et
l'Algérie.
Les relations entre les deux pays seront fondées, dans le
respect mutuel de leur indépendance, sur la réciprocité des avantages et
l'intérêt des deux parties.
L'Algérie garantit les intérêts de la France
et les droits acquis des personnes physiques et morales dans les conditions
fixées par les présentes déclarations. En contrepartie, la France accordera à
l'Algérie son assistance technique et culturelle et apportera à son
développement économique et social une aide financière
privilégiée."
Extrait de Jacques Dalloz, "Textes sur la
décolonisation", PUF, Paris, 1989
"Pendant sept ans et demi d'une guerre cruelle le peuple algérien a tenu tête à l'une des plus fortes puissances coloniales du siècle: plus d'un million de soldats français ont été mobilisés à cet effet avec tout leur armement moderne: aviation, artillerie, blindés, marine.
La France est arrivée à dépenser jusqu'à trois milliards de francs par jour. Elle a bénéficié de l'appui massif de l'OTAN dans tous les domaines: militaire, financier, diplomatique, moral.
Elle a tenté avec l'aide d'une grande partie du peuplement européen en Algérie, de lutter désespérément pour le maintien de l'Algérie française .
Face à cette puissance qu'avait à opposer le Peuple algérien ?
D'abord sa foi en la justesse de sa cause, la confiance en lui-même et en ses destinées et la volonté inébranlable de briser les chaînes du colonialisme; ensuite, et surtout, son unanimité dans la lutte. Les Algériens - hommes et femmes, jeunes et vieux, d'Alger à Tamanrasset et de Tebessa à Mamia - se sont dressés dans leur totalité dans la guerre de libération. Ni les tentatives de division, ni la présence de contre-révolutionnaires et de provocateurs dans leurs rangs n'ont pu altérer leur foi et leur unité. Les Algériens se sont sentis comme les organes d'un même corps dans cette lutte gigantesque. Le F.L.N. et l'A.L.N. ont été des instruments de combat efficaces au service du Peuple, et par leur action continue ont porté des coups sérieux au colonialisme.
La Révolution algérienne a forcé l'admiration de tous. Elle jouit actuellement d'un prestige universel qui lui vaut de nombreux appuis.
A nos frères Maghrébins et Arabes, au pays socialistes, aux peuples du tiers monde, aux démocrates de France et d'Europe qui nous ont aidés, nous devons aujourd'hui d'exprimer notre reconnaissance pour leur soutien et leur solidarité.
Cette lutte a été d'un précieux enseignement pour les peuples subjugués encore par l'impérialisme. Elle a détruit le mythe de l'invincibilité de l'impérialisme. Tout en conduisant à la libération de l'Afrique, elle a démontré qu'un peuple aussi petit soit-il, et avec des moyens réduits, peut tenir tête à un impérialisme même très puissant et arracher sa liberté."
Extraits de l' Appel au peuple algérien par le président du GPRA,
Benkhedda, in "Le Moujahid" , édition spéciale du 19 mars
1962
"Les signataires d'Evian, les Français en particulier, peuvent-ils
assurer que la paix raciale est là, que la vie communautaire juste et équitable
va régner par enchantement, que les adversaires d'hier vont, fraternellement,
bâtir une Algérie nouvelle ?
La croire et même l'espérer, c'est oublier
une réalité vieille de sept ans et cinq mois. D'aucuns diront très
antérieure.
Les lointains attentats du 1er novembre 1954 se sont
transformés en flots de sang et de haine. L'armée française a laissé derrière
elle des centaines de milliers de tués. Le F.L.N. annoncera un million, chiffre
probablement peu éloigné de la réalité. Il y eu des représailles aveugles et
collectives (...). Chaque famille algérienne compte plusieurs chouhada
(1) (...).
Les tortures, les sévices ont été le lot journalier. La
bataille d'Alger a été gagnée, si l'on se rappelle les termes de Bigeard, dans
la m... et le sang.
Dans les postes, les commissariats, la contrainte a
été constamment le moyen de pression pour obtenir des renseignements. Il y a eu
des exécutions légales aussi bien en France qu'en Algérie. La justice française
n'a pas été tendre. La guillotine a fonctionné. Pendant les quelques mois où
François Mitterand a été garde des Sceaux, cinquante-huit terroristes algériens
ont été guillotinés. Les corvées de bois ont liquidé les irréductibles, les
gêneurs, tous ceux qu'on ne pouvait plus présenter. Les cadavres ont été
éparpillés au hasard dans les fonds d'oued et des fourrés avant de devenir la
proie des chacals pleurant dans la nuit.
En France même, il y a eu des
ratonnades policières. (...) Il y a eu les prisons, les internements, les camps
de déportation. Des régions transformées en zones interdites ont été dévastées.
Des douars entiers ont vu leurs mechtas brûlées, le bétail abattu, les récoltes
abandonnées. Les populations regroupées ont pataugé dans la boue et plié sous la
misère.
Les haines de clan ont joué à mort entre Algériens pro-français
et anti-français. Le neutralisme n'était pratiquement plus possible.
L'engagement pour un camp ou pour l'autre était obligatoire.
(...) Le
F.L.N., qui a commencé les assassinats et les massacres, a de son côté autant
servi l'horreur. Elle fut sa meilleure alliée. (...) Bombes, attentats se sont
succédé. Jeunesse innocente fauchée au Milk Bar ou à l' Otomatic, fermiers
assassinés, musulmans francophiles égorgés, la liste est longue de ceux qui ont
payé le tribut de leur titre de Français ou de Pro-Français. Qui n'a pas
supporté dans sa famille, dans ses biens, dans sa chair même le prix de la
rébellion ?
La réponse est sans ambiguïté. Faute de protection, la
communauté européenne et ses amis sont condamnés à l'exil ou à la mort. La
valise ou le cercueil."
1) Martyrs
Pierre Montagnon, La
guerre d'Algérie , pp. 376-377
"L'Algérie, pendant l'année dont nous parlons [1961-1962], a été une
terre maudite. Tous ceux qui y ont touché se sont sali les mains. Les
responsables sont dans tous les camps. Le F.L.N., le pouvoir, les barbouzes, les
gendarmes, les autorités civiles : personne ne s'est montré brillant, ni tout à
fait honnête. Ce fut une vaste foire d'empoigne, où le plus fort et le plus rusé
a gagné. Si elle ne sut pas se montrer unie, l'O.A.S. (1) avait au moins des
motifs pour expliquer son action. L'avenir a prouvé que les pieds-noirs avaient
quelques raisons de ne pas vouloir l'Algérie algérienne.
S'il fallait
choisir l'acteur le moins médiocre de cette tragédie, je désignerais sans
hésiter l'armée. L'armée française d'Algérie. Ce fut une très belle armée. Prise
entre deux feux, divisée par d'inextricables drames de conscience, placée dans
des situations apparemment sans issues, elle fit jusqu'au bout ce que la
majorité attendait d'elle. Elle le fit peut-être sans conviction, par discipline
et pour se sauver elle-même. Il faut dire que les erreurs de l'O.A.S. l'y ont,
sur la fin, beaucoup aidée.
1) Organisation Armée
secrète
Robert Buchard, Organisation Armée secrète , Paris, Albin
Michel, 1963, T. II, pp. 211-212